Vantage Avenger AV-315

La Vantage Avenger AV-315 est une guitare japonnaise de 1983 née dans l’usine Matsumoku Industrial Co fondée en 1951 par M. Tsukada.

D’abord orientée vers la menuiserie, l’usine se tourne vers la lutherie en 1961. Dans les années 70 et 80, elle travaille pour de nombreuses marques comme Aria, Electra, Epiphone, Greco, Ibanez, Washburn et bien sûr Vantage.

Fermée en 1987, une stèle en forme de guitare marque son emplacement dans ce qui est aujourd’hui un parc.

L’exemplaire qui arrive à l’atelier est celui de JB, qu’il a dégotté d’occasion, et qui a déjà été modifié. Le vernis marron à été poncé, les angles saillant ont été arrondis, le pickguard à été refait avec du contre-plaqué… D’un style trop sombre, elle est devenue trop pâle et sans caractère. Les frettes sont usées et l’intonation est mauvaise.

Le projet est donc de lui rendre un peu de charisme et de remettre tout ça à neuf avec une planification des frettes, un piezo sous le talon du manche, un nouveau pickguard qui accueillera 2 nouveaux potards de volume et tonalité, et repositionner les réglages existants, et donc de modifier la cavité électronique.

JB est un guitariste expérimental, à la recherche de sons et de manières d’en produire. Ils voulait poser un piezo au niveau du talon du manche pour capter les sons extra-magnétiques comme ceux produits au-delà du sillet ou d’un capodastre. Ce piezo devait être modulable avec un duo volume-tonalité et surtout, c’est là que ça s’est compliqué, mixable avec les micros magnétiques…

Je commence par démonter la gratte et m’attaque à la planification des frettes en 7,25 pouces. Un radius légèrement différent de l’original, plus arrondis… Pour jouer à l’archer 😉

Je continue avec la création du nouveau pickguard, en commençant par le patron en carton. La forme finale est sensiblement la même que l’original (et sa copie en contre-plaqué) mais en plus imposant, pour donner de la place à l’électronique mais aussi pour couvrir les anciens trous de vis… Et surtout il est coupé dans une plaque de fer rouillé et cabossée trouvée en forêt.

Après ça, je détermine l’agrandissement de la cavité électro, et défonce avec une règle courbe (ici un gabarit de cavités de Telecaster Thinline). Je rajoute un espace pour le toggle switch dans la corne coté aigües, ainsi qu’une gouttière pour passer les câbles.

Pour finir, j’ai créé un espace dans le talon du manche pour poser un piézo.

J’ai eu un peu d’aide de la part de JB pour la découpe grossière de la plaque avec un nibbler drill (grignoteur en français). J’ai ensuite affiné la découpe à la cisaille, puis au Dremel avec un rouleau abrasif. J’ai ouvert les emplacements pour les micros à la perceuse, grossièrement, puis au Dremel. Le rendu est super cool. La surface rouillée est stable sans traitement particulier.

Entre-temps, la cavité à été blindée par JB, puis j’ai ajouté quelques corrections à la cavité; Certaines vis tombaient dans le vide…

Pour l’électronique, j’ai été confronté à deux capteurs que je n’avais jamais assemblé, à savoir un piezo et des micros magnétiques. En câblant normalement deux circuits passif en parallèle, on obtient un déséquilibre sonore et un niveau de sorti très différent. Le piezo étant très faible, les magnétiques étant très dynamique, il était impossible de mixer les deux (et c’est aussi le souci que j’ai eu sur L’Aureille). Le piezo avait besoin d’un préampli embarqué, et donc aussi d’une pile 9V, pour créer un circuit actif… Mais tout en conservant le côté passif des magnétiques. J’ai commandé sur ebay, chez Gandalf_electronics (AnalogWorkShop, une boite polonaise), le préampli adéquat, et j’ai obtenu quelques infos capitales de la part du gérant.

J’ai également dû composer avec des potentiomètres défectueux, et pourtant de marque Fender et DiMarzio.

J’ai fait beaucoup de recherches sur internet et j’y ai trouvé très peu de réponse. La plupart des solutions passent par l’achat de systèmes à plusieurs centaines d’euros, prêt à monter. J’ai pas mal cogité, j’ai testé énormément de variantes, continué à creuser sur le web, décodant quelques pistes sur la masse de textes que j’ai lu, pour finalement aboutir à une solution fonctionnelle.

Il ne restait plus qu’à tester tout ça, avec JB, puis à tout remonter et régler. Un manche très légèrement creusé, une action F1 et F12 très basse, une intonation précise. Ne manquait plus que les boutons de potards, en cerisier, et de toggle switch en os, recouverts d’un plastique de brique de construction. JB aime les touches de couleur vive. Voilà une guitare remise à neuf pour un guitariste visiblement heureux.

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